Notre cerveau à tous les niveaux. 10 ans, 10 séances — saison 2

Présentation

Ce cours voudrait présenter comment les sciences cognitives conçoivent aujourd’hui le cerveau et le corps humain, ainsi que les phénomènes socioculturels qui en découlent. Vaste programme qui ne peut se réaliser qu’en adoptant une perspective évolutive sur l’émergence de ces systèmes dynamiques faits de multiples niveaux d’organisation. Du Big Bang au langage, de la perception à l’action et de l’apprentissage à la prédiction et à la prise de décision, nous verrons comment l’impératif de rester en vie et de donner du sens à cette vie se manifeste chez l’humain.

Ce cours est la suite des 5 séances données à la session d’automne 2019 qui avaient pour titres :

1. Le « connais-toi toi-même » de Socrate à l’heure des sciences cognitives
2. De la « poussière d’étoile » à la vie : ces bizarreries qui font qu’on est ici aujourd’hui
3. L’humain découvre la grammaire de base de son système nerveux
4. Des circuits de millions de neurones : plaisir, douleur, apprentissage, mémoire
5. Cartographier des réseaux de milliards de neurones à l’échelle du cerveau entier

Professeur-e(s)

Bruno DubucBruno Dubuc détient une maîtrise en neurobiologie et a fait de la vulgarisation scientifique pour des séries télé et des magazines pendant une dizaine d’années. Depuis 2002, il est rédacteur du site web et du blogue www.lecerveau.mcgill.ca ainsi que conférencier sur les neurosciences. Il aime aussi utiliser les régions associatives de son cerveau en collant ensemble des images et des sons pour faire ce qu’on appelle des films. Son dernier porte sur Henri Laborit, tout comme le site web qu'il lui a consacré au www.elogedelasuite.net

Plan de session

Au café Les Oubliettes, 6201, rue De Saint-Vallier, Montréal.

févr. 19

Les rythmes cérébraux : se synchroniser pour mieux régner

mercredi, 19h, Café Les Oubliettes

Où l’on verra que de ces réseaux cérébraux de milliards de neurones interconnectés émerge une activité électrique rythmique qui, loin d’être un simple bruit de fond, constitue un phénomène fondamental que le cerveau utilise pour accomplir ses fonctions cognitives. On présentera par exemple comment la synchronisation d’activité à la même fréquence contribue probablement à notre vision unifiée des propriétés des objets qui nous entourent ou de l’attention sélective qu’on peut porter à une conversation dans un endroit bruyant. Et l’on conclura que c’est cette activité endogène constante qui rend notre cerveau si énergivore et en fait un organe toujours proactif et jamais passif.

Plan:
Nous sommes le fruit de processus dynamiques à différentes échelles de temps
Le pourquoi des rythmes et ce qui les produit dans le cerveau
a) Activité cérébrale endogène
b) Connexions réciproques dans les réseaux
Oscillations et activité dynamique chaotique
Électroencéphalogramme
Rôles fonctionnels possible de la synchronisation des rythmes cérébraux

Après la pause et quelques questions/échanges:
Comprendre l’éveil, le sommeil et le rêve à la lumière des rythmes cérébraux


mars 4

Tout ce qui précède permet de simuler le monde pour décider quoi faire

mercredi, 19h, Café Les Oubliettes

Où l’on constatera que tout ce qu’on a vu à date dans ce cours est nécessaire pour comprendre ce que fait quotidiennement un cerveau humain : porter attention à certaines choses et pas à d’autres, prendre une foule de petites décisions rapides et inconscientes au quotidien, inhiber quand il le faut certains comportements automatiques au profit d’autres plus réfléchis, simuler mentalement les conséquences anticipées d’une décision, bref planifier constamment la meilleure chose à faire ! Et l’on conclura que nos processus mentaux de haut niveau sont bien souvent maîtres ou esclaves, à divers degrés, des sollicitations constantes de notre environnement.

Plan:
Perception consciente et attention
Les failles de l’attention, ou comment nous n’avons pas conscience de ce que nous manquons
Inhiber (ou résister) aux automatismes inconscient
Les affordances : des opportunités d’actions
Simulation mentale et prise de décision rapide

Après la pause et quelques questions/échanges:
L’analogie / catégorisation au cœur de notre pensée


mars 18

Cerveau et corps ne font qu’un et sont constamment affectés par l’environnement

mercredi, 19h, Café Les Oubliettes

Où l’on découvrira que cerveau et corps sont si inextricablement liés qu’on devrait toujours parler du « cerveau-corps » comme d’un tout. Il est par exemple très difficile de distinguer cognition et émotion, parce que la première s’enracine dans la seconde, qui elle-même s’enracine dans le corps tout entier. Même la distinction entre neurotransmetteurs dans le cerveau et hormones dans le corps s’est dissipée au profit de ce qu’on pourrait appeler des « neuro-hormones ». On sait donc maintenant que tous les grands systèmes du corps humain communiquent entre eux, ce qui fait que nos simulations mentales peuvent avoir un effet direct bien concret sur notre corps et notre santé. Nous le constaterons avec l’exemple du stress et de l’effet placebo. À la lumière de tout ça, on se demandera comment on peu bien vivre dans le monde d’aujourd’hui avec un cerveau de l’âge de pierre. Et l’on mentionnera six choses qui font du bien à ce « cerveau-corps ».

Plan:
Les simulations mentales affectent le corps par toutes sortes de « processus descendants »
Ces états du corps contribuent aux émotions (qui influencent à leur tour la raison)
Frontières floues entre cerveau, corps et environnement
Quelques exemples :
a) Le stress
b) L’effet placebo
c) L’hypnose et la méditation
d) Exercices et autres bonnes habitudes de vie qui font du bien à notre cerveau-corps

Après la pause et quelques questions/échanges:
La cognition étendue en dehors du cerveau-corps ?


avril 1

Conscient, inconscient et langage : quel est ce « je » qui se dit libre?

mercredi, 19h, Café Les Oubliettes

Où l’on admettra que notre langage conscient est le moins pire outil à notre disposition pour se comprendre mutuellement. Dans le sens où ce qui motive réellement nos comportements nous est la plupart du temps inaccessible consciemment. Et que nos facultés langagières sont surtout là pour justifier a posteriori des actes dont l’origine nous échappe parce que la somme inconsciente de toutes nos expériences de vie enfouies dans nos assemblées de neurones. L’accès à cet inconscient cognitif pourrait cependant être amélioré par toutes sortes de stratégies d’autorégulation et de contrôle qui peut s’acquérir par l’apprentissage. Et l’on conclura en montrant que les personnes en situation de pauvreté vivent avec un « fardeau cognitif » quotidien pouvant nuire à ce contrôle de soi.

Plan:
Le langage : une propriété émergente de la vie sociale chez les humains
Langage conscient et motivations inconscientes
La conscience réflexive et la question du « soi »
L’illusion de la Liberté et ce qui nous reste malgré tout

Après la pause et quelques questions/échanges:
Les corrélats neuronaux de la conscience


avril 15

Morale de l’histoire : notre espèce a-t-elle de l’avenir ?

mercredi, 19h, Café Les Oubliettes

Où l’on se rendra compte que nos rapports sociaux et nos systèmes politiques, aussi complexes soient-ils, sont grandement influencés par la longue histoire évolutive de notre espèce. Nous pouvons être à la fois plus agressifs et guerriers que le chimpanzé et plus altruistes et empathiques que le bonobo, nos deux plus proches cousins. Nos choix politiques sont influencés par des émotions primaires comme la peur ou le dégoût, qui font vibrer nos prédispositions xénophobes ou grégaires. En même temps, nous avons accès des connaissances inédites sur notre propre fonctionnement qui laissent entrevoir la possibilité d’établir des normes socioculturelles dont la finalité ne serait pas le bien-être d’un groupe humain donné, mais de l’espèce entière incluant la biosphère. Et l’on conclura en se demandant comment une pédagogie qui tiendrait compte de tout ça pourrait être possible.

Plan:
Qu’est-ce qui cause un comportement ?
L’être humain : plus agressifs que les chimpanzés et plus empathiques que les bonobos
« Nous » versus « Eux »
Le gradient progressistes – conservateurs
Un système socioéconomique qui ruine des systèmes nerveux
Notre santé physique et mentale : une question plus politique qu’on pense
Le pari d’une (bio)pédagogie qui prenne le parti du monde vivant tout entier

Après la pause et quelques questions/échanges:
De l’autopoïèse au « cerveau prédictif » : vers un grand cadre unificateur ?