Pourquoi le cerveau a besoin du corps et de l’environnement pour penser

Présentation

Depuis un demi-siècle, les sciences cognitives (qui regroupent des disciplines comme les neurosciences, la psychologie, la philosophie ou l’informatique) ont tenté de comprendre l’esprit humain en le considérant un peu comme un logiciel fonctionnant sur un ordinateur neuronal, c’est-à-dire notre cerveau. Cette métaphore a montré ses limites durant les années 1980 et dès les années 1990 il devint évident que l’on ne pourrait jamais comprendre véritablement nos capacités cognitives (notre pensée) si l’on ne tenait pas compte du corps avec lequel ce cerveau avait toujours évolué ainsi que de l’environnement avec lequel il interagit à tout moment. Aujourd’hui, cet aspect « incarné » de la cognition est devenu un champ d’étude incontournable en sciences cognitives. Ce cours voudrait en donner un aperçu en montrant à quel point, n’en déplaise à notre ami Descartes, cerveau, corps et environnement ne font qu’un.

Professeur-e(s)

Bruno DubucBruno Dubuc détient une maîtrise en neurobiologie et a fait de la vulgarisation scientifique pour des séries télé et des magazines pendant une dizaine d’années. Depuis 2002, il est rédacteur du site web et du blogue www.lecerveau.mcgill.ca ainsi que conférencier sur les neurosciences. Il aime aussi utiliser les régions associatives de son cerveau en collant ensemble des images et des sons pour faire ce qu’on appelle des films. Son dernier porte sur Henri Laborit, tout comme le site web qu'il lui a consacré au www.elogedelasuite.net

Plan de session

Cours donné à la Station Ho.st, 1494 Rue Ontario E.

avril 19

Cerveau : l’histoire d’un organe pas comme les autres

mercredi, 19 h, Station Ho.st

Si la métaphore cerveau-ordinateur est trompeuse, comment le cerveau fonctionne-t-il alors ? Je vous invite dans un premier temps à aller assister au cours « Au coeur de la machine », de Mathieu Petitpas, pour savoir comment un ordinateur fonctionne si vous n’en avez pas la moindre idée ! Vous en apprécierez alors d’autant plus les différences et les particularités uniques de notre cerveau résumées dans cette première séance, avec son organisation massivement parallèle, sa plasticité, l’activité endogène extrêmement dynamique de ses réseaux, etc. Je tenterai aussi de montrer comment perception, cognition, émotion et action correspondent à des processus cérébraux beaucoup plus unifiés qu’on ne le croyait.

Pdf du Power Point présenté durant cette séance.


avril 26

Cerveau et corps ne font qu’un (la cognition incarnée)

mercredi, 19 h, Station Ho.st

On a longtemps considéré que les neurones produisaient des neurotransmetteurs, les glandes des hormones et le système immunitaire des anticorps et que tout ce beau monde faisait sa job sans se parler. Et puis il y a 3 ou 4 décennies, on a commencé à avoir des doutes sur l’étanchéité des grands systèmes d’un organisme. Aujourd’hui, celle-ci a volé en éclat et l’on ne compte plus les résultats de la neuroendocrinologie ou de la neuro-psycho-immunologie qui montrent à quel point ce qui se passe dans notre corps influence ce qui se passe dans notre cerveau, et vice-versa. À travers des phénomènes comme les émotions, le stress ou l’effet placebo, on tentera de décrire quelques mécanismes par lesquels corps et pensée s’influencent constamment.

Pdf du Power Point présenté durant cette séance.


mai 3

Cerveau-corps-environnement (les sciences cognitives énactives)

mercredi, 19 h, Station Ho.st

Et si l’environnement était plus qu’une simple source « d’inputs » que notre cerveau doit traiter pour prendre une décision et finalement agir ? C’est ce schéma classique que les sciences dites « énactives » remettent en question. Elles proposent au contraire, en conformité avec une conception incarnée et dynamique de la cognition, que l’environnement dans lequel on se trouve nous suggère continuellement différentes opportunités d’action (ou « affordances ») dont la plus appropriée, pour diverses raisons souvent inconscientes, va être sélectionnée. Certains vont même jusqu’à proposer que notre cognition « fuit » littéralement dans l’environnement tellement on utilise celui-ci couramment. On n’a qu’à penser à la place que prennent les tablettes et autres téléphones « intelligents » dans nos vies. Donc tout ça a des implications sociales bien concrètes quant aux technologies, aux normes et aux lois qui constituent cet environnement et qui influencent probablement plus profondément qu’on pense ce qu’on appelle notre cognition.